
On frappait monnaie à la Rochelle, depuis le XIIIe siècle, par un privilège accordé par Aliénor d’Aquitaine. Le sceau « Moneyae rupellanae » ci-contre de 1372, est de peu postérieur à la création de la Monnaie royale en 1360. La Monnaie de La Rochelle n’a disparu que sous Louis Philippe dans des circonstances dramatiques : le directeur a fait faillite !
Aujourd’hui, on peut descendre à l’ « Hôtel de la Monnaie »*** qui est l’ancien bâtiment de l’atelier installé en 1689, près de la tour de la Lanterne. Passée la lourde porte bien restaurée, on peut évoquer, dans la cour intérieure, les ouvriers qui s’y réunissaient dans la salle du conseil. Les officiers, maître d’atelier et garde, y étaient logés.
La fabrication commence à la fonderie de métal d’où l’ouvrier sort de petites pastilles, les flans, découpés à la cisaille, martelés et ajustés au poids fixé par le roi. Un inventaire de 1707 dit que « la fonderie de l’argent (à La Rochelle) est si petite que tous les châssis ne peuvent y entrer, la chaleur que les ouvriers y souffrent est excessive, ils ne peuvent travailler un mois sans être malade et il en est mort quatre depuis trois ans. » (Archives de la Monnaie ms 4° 77/248 cité par Droulers )

Le monnayeur frappe, le flan entre deux coins d’acier, à froid. Les coins en creux doivent avoir été fabriqués à partir de poinçons gravés en relief. A La Rochelle, au 17e siècle, la frappe des pièces se fait toujours au marteau, ce qui donne des pièces avec un petit bourrelet autour, une tentation pour les fraudeurs qui peuvent racler un peu de métal.
Les coins et poinçons sont vraiment l’attribut du monnayeur, celui qu’on lui retirera s’il s’avère, après la Révocation, qu’il n’est pas catholique. La question ne s’était pas posée jusque là pour les BASTARD qui étaient protestants.
Ouvriers et monnayeurs forment une des premières corporations à s’être organisée sur le plan national, elle est très fermée ; leur statut, appelé « Serment de France », leur octroie des privilèges substantiels: ils sont totalement exempts d’impôts, taxes droits et octrois ainsi que de diverses corvées en nature. Ces avantages sont consignés par le souverain lors de son accession au trône.
Voici le résultat : un quart d’écu en argent, frappé en 1590 à La Rochelle, atelier reconnaissable à la lettre H et au point secret sous la neuvième lettre. Il a aussi une gerbe juste avant la date et un petit trèfle à côté du H pour le personnaliser comme marques des auteurs.

La monnaie de La Rochelle avait fonctionné presque constamment jusqu’à Henri IV, frappant surtout de l’or, mais sous Louis XIII, elle fut le plus souvent fermée, elle ne fonctionna que de fin 1615 à fin 1618 pour de modestes émission de quarts et de huitèmes d’écus et une seule d’écus d’or en 1617. Avec les troubles qui conduisent au siège, on frappe, ailleurs, de la fausse monnaie : entre 1625 et 1627, des imitations en fer, cuivre ou laiton du douzain de billon sont frappées à Marans sur lettres de commission d’Henry de Rohan, chef protestant, et pendant le siège, des imitations de ces faux sont frappées sur instigation du maire, Jean Guiton ! Le travail reprit en 1641, mais le fermier qui avait le double bail de Poitiers et de la Rochelle, Samuel Massonneau, n’était pas des plus honnêtes : il était de pratique courante, chez les fermiers, de falsifier les comptes renvoyés à Paris, et de frapper plus de pièces que celles qui auraient pu l’être pour les marcs d’or distribués. On retrouve aujourd’hui un nombre anormalement élevé de pièces rochelaisees (le taux de disparition est calculé) par rapport à celles émises et comptabilisées. L’atelier fut à nouveau fermé de 1662 au 4 avril 1669. (AM ms 4° 90/45). Puis, l’atelier fut fermé le 18 mai 1680 et ne rouvrit qu’après l’arrêt de juin 1690, pour la première des réformations monétaires du règne de Louis XIV.
Les ateliers monétaires connaissant ainsi des périodes de chômage, ouvriers et monnayeurs exercent un second métier. Ceci explique que les BASTARD n’habitent pas la Rochelle, mais Mauzé, Rochefort, Granzay, toutes localités éloignées d’une quarantaine de km. Il faut alors rappeler les monnayeurs à leur travail : dès 1349, l’injonction de se rendre à leur travail est accompagnée de menace de perdre leurs privilèges
Ce second métier des BASTARD est celui de marchand ; compte tenu de l’exemption des droits d’octroi, on comprend les installations aux postes charnières de Jules et de Gript, là où il y a imbrication et péage du Poitou en Aunis et réciproquement. L’Aunis arrive aux portes de Niort, mais le Poitou s’étend à Aulnay !
On dit alors, marchands de quoi ? Le métier de marchand est le plus courant qui soit à Mauzé (et ailleurs) sans qu’une précision paraisse nécessaire. Toutefois, ici, Abraham BASTARD est marchand tanneur en 1671 et son neveu, Isaac BASTARD le jeune est marchand tanneur en 1673, lors de son mariage à 19 ans, il est corroyeur en 1675, c’est l’apprentissage.
Il n’y a rien de surprenant à cela, l’industrie du cuir est florissante à Niort. Cette activité explique les relations entre Mauzé et Champdeniers., et peut-être, pourquoi Isaac BASTARD, le fils du « jeune », est allé chercher une épouse, Renée DELAFONTAINE tout à fait à l’opposé de ce qu’on pouvait attendre, dans un milieu catholique de Gâtine.
Monnayeurs et marchands tanneurs, les BASTARD visent plus haut s’ils peuvent décrocher un contrat de ferme générale d’une seigneurie, un plus sûr moyen de s’enrichir, les occasions ne manquent pas alors : les sous-fermes et les achats de terres après les prêts non honorés occupent le marchand fermier qui n’arrête pas de passer des actes. Cela ne marche pas toujours :
1697: Isaac, marchand, fermier du château de Gript a acheté une pièce de terre à Jacques MABOUL, abbé et seigneur du grand prieuré de St Martin de Julles. Ce contrat a été annulé, l’année suivante, par la chancellerie. (Arch. de la Charrière cité par A. de la Rochebrochard dans « Une famille, un domaine, 350 ans à La Charrière », p.28)
Etats de services de quelques BASTARD monnayeurs
I – Bastien BASTARD
II – Izaac BASTARD sosa 3520 (1599 -1655) x vers 1614 Marie RONDEAU
Fermier de la baronnie de Mauzé Il a eu pour enfants :
Cet Isaac est père de deux enfants qui se réclament de la Monnaie :
- Isaac BASTARD d’où une branche de Benet qui est dite de « mauvais convertis » en 1690 (AD 86 C53). Des descendants deviendront orfèvres, mais non monnayeurs.
- Jehanne BASTARD mariée à Isaac GILLOIS dont le fils, Pierre GILLOIS, se prévaut de cette ascendance et date de réception, pour se faire recevoir, le 1717/12/18 (AD17 B295). Il fournit son extrait baptistaire de Mauzé de 1693/05/19 et l’acte de mariage de ses parents de 1688/11/16, ce qui ne suffit pas encore. Un certificat de Mre SIMONNEAU, curé d’Ardillère du 1686/01/01 justifie l’abjuration de l’hérésie de la RPR par le père. Pierre GILLOIS est, enfin, reçu monnayeur, le 1719/04/19.
2 – André 1625-1655 x Catherine THIBAULT
3 – Abraham qui suit.
4 – Jacob x Judith BURGAUD, catholiques (enfant baptisé à St Pierre en 1664) sergent royal monnayeur
III – Abraham BASTARD sosa 1760 (°ca 1627, + 1679) x ca 1653 Marie BOUCHIER
Il a eu pour enfants :
- Isaac qui suit
- Abraham 1657 ?-1691 marié 2 fois
- François 1658 ? x Madeleine PIET en 1683 Niort temple, xx Luce VIAUD en 1688
- Marie 1662 ? +1738 (Mauzé St Pierre) x Samuel CHALLE en 1684/11/26 à Mauzé temple Fermier général du Prieuré de Ste Croix à Mauzé et de la seigneurie de Douet
- Antoine °1671, vit à Rochefort
Reçu ricochon en 1702 et maître en 1703
Anthoine BASTARD demt en cette ville (La Rochelle), aagé de 32 ans, nous a dit qu’à cause de Abraham B., son père, il a droict en cette monnaye, comme il paroist par ses lettres de réception de ricochon des 6 et 19 juillet de l’année dernière, en conséquence de quoy, il auroit, depuis led. temps,et tousjours qu’il a travaillé en l’hostel de cetted. monnoye avec beaucoup d’assiduité à adjuster et monnoyer, en sorte qu’estant parvenu à un degré suffisant pour se faire recevoir maistre et ayant travaillé un an ainsy que le requièrent les règlements, faisant d’ailleurs profession de la religion catholique apostolique et romaine (certificat de catholicité signé par le curé de St Jean de cette ville) … reçu maistre de plaine part. (A.D.17, B286)
IV – Izaac BASTARD (le jeune) sosa 880 (°ca 1654, +ca1705) x Jeanne JOUSSELIN
- Abraham °1675 RPR, + entre 1733 et 1739. marié 3 fois Marchand fermier général de la seigneurie, duché pairie de Frontenay.
- Isaac qui suit
- Jeanne (+1756/12/19) x Laurent Benoist de la Charlotterie en 1714
- Jean sr de l’Isle °1683 St Pierre, + 1731/03/16, x à Gript en 1709, FRAIGNEAU Marie fermier général à Montfaucon, paroisse St Hilaire la Palud en 1713, y demeurant.
V – Izaac BASTARD de la Guilloterie sgr de Crinay, sosa 440 (1680-1730 à Crespé) x Renée DELAFONTAINE.

[1] Archives communales de Crespé d’après Raymond ROUSSEAU: Recherches historiques sur l’ancienne commune de Crépé in BSHS.DS 1955-58 tome 10 p.493
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